Connaissance intuitive

Carl Rogers est un psychologue Américain, né au début du XXième siècle. Vous trouverez des informations sur le net et entre autres sur wikipédia.

Il y aura donc quelques redites c’est sûr, mais peut-être n’est-ce pas inutile…

Carl Rogers, donc, au fil de l’aide et de l’accompagnement de patients, qu’il préfère nommer clients (nous regarderons pourquoi), en est venu à définir une attitude d’accompagnement et une méthodologie de la relation d’aide en psychothérapie. C’est cela qu’il a nommé non directivité parce que cette démarche était centrée sur la découverte par le client lui-même de son propre chemin par l’éclaircissement :

-        des raisons et des mécanismes de ses souffrances, 

-        de ses choix,

-        de ses valeurs, de ses richesses et recours,

-        de sa dynamique interne de résolution des souffrances.

 

Comment accompagner l’autre sans le référer à notre propre système de valeurs, de pensées, d’existence, mais en l’aidant à clarifier le sien, à le trouver même, à le questionner, le ressentir etc… ?

Comment cheminer avec la personne souffrante en l’accompagnant dans la découverte de ses propres recours et non en lui donnant nos propres réponses ou nos propres interprétations ou compréhensions ?

L’empathie c’est cette capacité de ressentir à travers ce qu’est l’autre, depuis son cadre de référence et non le nôtre, et sans aucun jugement, sans porter le moindre jugement.

 

Magnifique n’est- ce- pas ? Quel bel hommage rendu à l’autre, quelle véritable considération ! Et quel accueil !

Pas d’a priori, ni d’a posteriori ! Juste l’accueil de ce qu’il est, juste la rencontre attentive de ce qu’il est, de ce qu’il ressent, de ce qu’il vit, sans le moindre jugement ! Il y a de quoi poser ses valises ! 

 

Dans notre façon de travailler cela signifie : sans aucune projection, sans aucune saisie : ce qu’il émane, ce qu’il dit etc… lui appartient et je suis là pour l’accueillir dans la bienveillance et l’authenticité, dans la considération de sa singularité, avec tout l’intérêt que j’en ressens, et en même temps dans la considération sensible de nos ressemblances car nous sommes bien tous les deux des êtres dans le samsara, en quête de bonheur, de liberté, voire de sagesse.

C’est cette sensibilité  intuitive et « connaissante » à ce que l’autre ressent, liée, comme nous le verrons, à un élan bienveillant, qui permet d’être dans l’échange avec lui.  Mais elle n’est pas suffisante.

Je me souviens d’une période, pas si ancienne, où j’avais retrouvé des buts, des souhaits que l’autre guérisse comme je l’imaginais, et insidieusement j’ai été déviée de la non directivité et utilisais toutes sortes de stratégies, plus ou moins habiles d’ailleurs, pour l’amener vers ce qui me paraissait être sa résolution, sa guérison !!! Bah !!! Heureusement que cela n’a pas trop duré et que certaines personnes ont su me le signifier… Il y avait toujours le ressenti empathique mais il était mis au service de mes attentes.

Un jour enfin j’ai accepté l’impuissance ! Ouf ! Ne pas être Dieu c’est quand même un grand soulagement !!! Acceptant l’impuissance, s’accueille tranquillement de ne pas savoir et c’est alors que nous sommes prêts pour la rencontre.

Tout cela je le savais, l’avais déjà vécu mais parfois il est nécessaire de refaire certaines boucles qui passent par les mêmes endroits mais élargissent le chemin et le discernement…Il est vrai qu’il n’est pas bien simple ni facile d’être témoin de certaines douleurs et souffrances, ou de certains mécanismes de souffrances et de voir que la personne ne va pas vers la guérison ! Telle qu’on la conçoit… d’avoir l’impression même qu’elle y est enfermée…

C’est là que, vous le savez, interviennent le PTT et le PC.

PTT : petit témoin tranquille. PC : petit contemplateur.

Avec eux nous voilà revenus près de la non directivité telle que C.Rogers la raconte, puisqu’il parle de cette nécessité pour accompagner l’autre sans interférer, d’être authentique. L’authenticité se décline d’abord par rapport à soi pour se donner ensuite dans la relation et elle est accompagnée, mise en œuvre, par la vigilance, l’attention stable à ce que je ressens, ce que je suis dans l’instant, ici et maintenant. C’est ce que nous nommons le PTT moyen habile mnémotechnique. Le PTT est encore à une certaine distance de l’intériorité, il peut être soumis à quelques pressions internes ou externes, quelques enjeux… Peu à peu, exerçant le discernement sur ces pressions et enjeux, l’espace se crée pour le PC qui contemple sans aucun jugement et il n’y a pas de jugement parce qu’il n’y a pas d’enjeu à ce moment-là. Nous pouvons accueillir notre réalité avec bienveillance, tranquillement, et avec la lucidité dont nous sommes capables à cet instant. Contemplation, discernement, lucidité dans l’instant, pleine conscience, petit contemplateur…

 

C’est ce que se propose C.Rogers et dont il parle si bien dans un de ses ouvrages dont je n’ai plus exactement le titre en tête au moment où je vous écris ! Il ne parle pas de PTT ni de PC,  mais de discernement, d’être conscient de ce qui est ressenti, de ce qui se joue intérieurement, d’en avoir la lucidité et de l’accueillir sans le juger. C’est en établissant ce lien avec soi qu’on peut ensuite l’établir aussi avec le client. Et c’est ce qu’il décline et raconte à travers des récits de moments où il s’exerce sur lui-même et de moments d’entretiens thérapeutiques.   

 

Juste encore quelques mots avant d’arrêter ces premières pages : vous imaginez bien que cette attitude où l’autre est accueilli dans ce qu’il est, dans sa liberté, dans la confiance, et même la certitude, qu’il possède les qualités de discernement et lucidité et qu’il « suffit » d’offrir l’espace dans lequel il peut les exprimer, les laisser se déployer, s’exercer, a trouvé une écoute plus que favorable dans le domaine de l’animation de groupes, et dans la pédagogie, l’éducation, et ce, d’autant que le grand boom de la non directivité se profile vers 1966 et se produit dans les années 70 au sortir historique de la révolution culturelle de 68 !

Je voudrais juste ajouter que quelques années avant je venais de découvrir Krishnamurti qui parlait aussi de discernement et de l’exercer pour « se » libérer de la souffrance, des habitudes, des entraves à la liberté d’être.

Cette quasi synchronicité Rogers / Krishnamurti montre qu’il s’agit d’une avancée psychosociétale, d’une aventure planétaire même, pour peu qu’on regarde aussi du côté de T. Leary, psychologue, neuro, thérapeute lui aussi dans les mêmes années !!! Epoque des « Anges vagabonds » et du mouvement hippie.

Voilà le contexte !    

 

Anne-Marie

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Commentaires : 1
  • #1

    Christian (lundi, 23 janvier 2017 16:26)

    Christian:

    Pour moi c'est super, ça resitue bien le berceau spatio-temporel de la pea et le bond en avant que représentaient à l'époque la non directivité rogerienne et la spiritualité non religieuse de Krishnamurti.
    (R)évolution toujours en phase digestive intégrative en 2016.
    Ça pose bien le cadre culturel d'une "thérapeutique spirituelle ".
    Après et plus tard viendront le reiki et le bouddhisme. ....
    Les peaistes vont plonger dans leurs racines avec tes articles.